Cet été j'ai eu la chance de réaliser un de mes vieux rêves qui était d'aller visiter l'Amérique du Sud ! D'abord l'Argentine m'attirait mais nous ne pouvions partir que deux semaines. Après des recherches, on a finalement choisi de nous rendre en Equateur (ou Ecuador pour les hispanisants) car ce pays à la taille de la France semblait plus modeste à visiter. Mais aussi petit qu'il puisse paraître, l'Ecuador est un pays riche à tout point de vue.

Les climats, d'abord. L'Ecuador possède trois climats complètement différents avec le climat d'altitude des Andes au centre du pays, le climat sec de la côte Pacifique et le climat tropical de la forêt Amazonienne à l'orient. Le miracle de sa bio-diversité ensuite. La présence de trois climats différents donne une richesse incomparable. Et la latitude de l'Ecuador permet à la nature de s'en donner à coeur joie. Ici cela regorge de faune et de flore comme nos yeux d'Européens n'en avaient jamais vu. Et l'Ecuador, dont on parle moins tant ses voisins sont imposants (Colombie au Nord et Pérou au Sud et à l'Est), n'a pourtant rien à leur envier. Par exemple, rien que dans la partie orientale du pays, on retrouve 1/3 des espèces d'oiseaux. Et l'on parle ici de centaines voire de milliers d'espèces !

Le sous-sol du pays est également très riche. On y trouve tous les minerais possibles et imaginables, ainsi que le vénéré or noir. Pourtant l'Ecuador semble ne pas bénéficier de cette richesse et fait partie de ces pays qui sont pillés par les pays du Nord, dont nous faisons partie. Toutefois, les choses semblent s'améliorer et les pays comme l'Ecuador s'organisent. Mais le chemin est encore long tant la pauvreté est criante dans ce beau pays. Pourtant, cette pauvreté s'accompagne d'une autre richesse, celle de la valeur humaine que l'on retrouve dans tous les pays dans cette situation. Bien des voyageurs vous le diront ! Nous y avons donc découvert des gens d'une profonde gentillesse et d'un accueil chaleureux.

Ce qui devait arriver, arriva : nous sommes tombés amoureux de l'Ecuador et de l'Amérique du Sud, je crois. On ne peut résister à ses paysages, sa nature, ses visages, sa culture ou encore sa spontanéité !

Arrivés le vendredi 17 juillet à Quito, on retrouve Matias, un ami d'Alex à l'aéroport. Arrivée en douceur donc. On dort dans un hôtel qui vaut le détour. L'hôtel Sucre (du nom de l'ancienne monnaie) est le moins cher de la ville (2.50$/nuit) et donc sûrement le plus atypique ! Le lendemain, nous prenons la route pour Mindo, la ville d'où vivent Matias et sa famille. Mindo est à 2h30 de Quito et nous nous y rendrons en bus puis en stop à l'arrière d'un pick-up ! Le ton est donné ! Pendant le trajet, c'est l'occasion de discuter de la vie en Equateur avec Matias, et de ses relations avec les pays voisins aussi. Super intéressant et tellement différent de ce qu'on connait...

Matias vit avec Jackie (sa femme chilienne) et leurs trois enfants à Mindo. Ils fabriquent des bijoux à partir de matériaux naturels et vivent du tourisme local car beaucoup d'Equatoriens viennent passer leur week-end à Mindo. Leur vie est à 1000 lieues de la notre et ils vivent dans ce que l'on appelle la simplicité volontaire. Ils n'ont que le strict nécessaire et aucune richesse extérieure. Mais à la place, on trouve des gens au coeur immense et qui semblent heureux. Nous avons passé deux jours à vivre au rythme local et à visiter les beautés du coin : un mariposario (entendez "papillonière"), un jardin d'orchidées, l'observation des toucans et autres oiseaux a l'aube, etc. Nous prenons ensuite la route vers la cote Pacifique. Ca y est nous sommes partis pour des km dans ces bus avec musique "reggaeton" (LA musique populaire équatorienne) à fond dans nos oreilles et la déco un peu "tunning" il faut le dire (les autocollants de Jésus et de la vierge croisent ceux du club de foot de Barcelone ou encore de Betty Boop !)...

Pendant deux jours, on sera basés à Puerto Lopez, une cité balnéaire (mais pas comme l'on s'imagine en France), d'où l'on partira faire un tour sur la Isla de la Plata, considérée comme le petit Galapagos (où nous n'irons pas puisque c'était trop cher). On y verra encore de nombreuses autres espèces d'oiseaux. Et il suffisait de plonger la tête dans l'eau pour voir plein de poisons, bien plus heureux que dans un aquarium (ils ne me l'ont pas dit mais ça se voyait !). Impressionnant donc une fois de plus ! Une autre excursion nous a mené à Agua Blanca, une réserve assez reculée dans la montagne du parc national Machalilla. Nous nous y sommes rendus en partie à pied le temps de croiser des vautours et de sentir sur nous tout le poids du soleil d'Ecuador ! Là-bas on y a visité un site archéologique, découvert des arbres, et l'on s'est même plongés dans une piscine d'eau soufrée tout en regardant des iguanes au-dessus de notre tête. Tout ceci tranquillement et accompagnés d'un guide de la communauté. D'ailleurs, nous avons toujours eu des guides locaux en Ecuador, c'est-à-dire originaires du lieu que l'on visitait. Tant mieux ! C'était également un moment fort pour nous à Agua Blanca.

Ensuite, c'était toujours un peu le même rituel. On attrapait un bus ou on sautait dans un pick-up pour nous rendre à notre prochaine étape. Au retour de la cote, retour a Quito que nous avons visité cette fois-ci. La ville est séparée en deux : la vieille ville historique et la nouvelle ville sans intérêt particulier. On a donc plus profité de la vieille ville qui est très belle que l'on s'est fait présenter lors d'une visite guidée de 3h avec une guide officielle (rien que pour nous deux encore) en uniforme de la police dédiée qu tourisme. On sentait bien que le discours était très "officiel" mais il n'en était pas moins très instructif. On a encore beaucoup appris ce jour là. On a même pu visiter gratuitement le palais présidentiel et eu le temps d'apercevoir au détour d'un couloir le président Rafael Correra entre deux réunions. Il nous a salué, les gens étaient contents. Il faut rappeler qu'ici le président est très populaire (à bon entendeur...) et prend des mesures qui bénéficient en priorité la population. C'est pour cela que beaucoup de personnes influentes le détestent car elles, qui profitaient bien du système clientelliste et corrompu mis en place par ses prédécesseurs, sont désormais obligées de subir quelques réformes. Ce type de systèmes est encore le fléau d'une bonne partie de l'Amérique latine...

Par contre, nous avons trouvé que la ville en elle-même était surpeuplée (autant de voleurs que de touristes) et très polluée (peut-être par ce que à 2900m d'altitude on commence à chercher l'oxygène...). Du coup nous préférions l'ambiance moins stressante du reste du pays. Car ici c'était toujours un œil pour admirer et un œil pour surveiller. Seule solution pour passer un séjour sans problème... Mais sinon les gens sont super gentils et plus particulièrement dans le centre du pays (plus que sur la cote et à la frontière colombienne).

Ensuite, nous partons (en stop encore) pour Otavalo, situé au Nord de Quito, qui est réputé pour être le plus grand marché artisanal du pays. Au final, nous passerons une journée marrante à ramener des petites choses locales (non je n'ai pas acheté de flute de pan) tout en négociant à chaque fois pour ne pas trop se faire avoir (ou en tout cas en avoir l'impression). En gros, ils nous disaient $10, on répondait $3. Ils se plaignaient du temps de travail que tel poncho ou tel bijoux nécessite et du prix des matériaux. Nous, on remarquait leurs belles dents en or ou leur téléphone portable dernier cri et on ne se faisait plus trop de souci pour eux. Donc on tenait bon et au final, on obtenait ce que l'on voulait pour $3 à $5. Et tous le monde semblaient contents. Evidemment, ça ne marchait pas à chaque fois. Mais c'est le jeu ! Néanmoins, tous les artisans ne sont pas riches, malgré l'afflux de touristes étrangers. Et certains artisans paraissent plus honnêtes que d'autres. Comme toujours il faut donc faire le tri. Mais en tout cas ce qui etait frappant dans ce marché, c'est que tout le monde se connaissait et que pratiquement tous les produits se ressemblaient. Ce qui donnait un peu de confusion car peut-on encore parler de marché artisanal devant des quantités impressionnantes de bijoux, tissus, bonnets, flutes, etc. ! Sentiment mitigé donc...

Cela fait déjà dix jours que l'on est immergés dans notre voyage et nous repartons ensuite vers Quito en pick-up pour nous rendre à notre ultime étape à l'Est dans la réserve de Cuyabeno en Amazonie. Arrivée à Lago Agrio, la ville la plus proche de la réserve, par nos propres moyens. Ici, il faut l'avouer, on ne se sent pas trop à l'aise. Les gens ne nous regardent pas de la même façon qu'ailleurs dans le pays. Et l'on sait que l'on est a quelques km de la frontière colombienne. Nous sommes donc en zone relativement dangereuse pour nous touristes (zone déconseillée aux voyageurs par la France) car la drogue et les guerrieros nous entourent. Les check-points que l'on a croisé en venant sur la seule route directe vers Quito nous l'ont bien rappelé. Toutefois, on apprendra par la suite que la zone est sécurisée et infiltrée par les militaires et les services secrets Equatoriens. En tout cas, les seuls touristes qui se retrouvaient là comme nous ne faisaient pas les fiers. La stratégie était donc de faire le caméléon en essayant de passer pour des baroudeurs, c'est toujours mieux que des gringos ! M'enfin ça se passe toujours bien comme toujours !

Puis on a pris la route de notre voyage "organisé" (la réserve ne peut pas se visiter seule). Après 2h de route en vieux bus puis 2h de plus en pirogue, nous voici arrivés aux cabanas ("lodge"). Et là, changement d'ambiance ! C'est propre et l'on mange comme des rois. Le camp est très bien intégré à la nature, même si ça fait moins authentique que chez les communautés que l'on ira visiter par la suite. Nous n'étions pas vraiment à l'aise au milieu de ces "touristes" fraichement arrivés en avion (jusqu'à Lago Agrio !) qui ne connaissaient donc pas une seule chose de l'Ecuador et qui ne parlaient bien souvent pas un traitre mot d'espagnol... et ne semblaient pas le vouloir. C'était d'autant plus gênant pour nous qui venions de barouder pendant 10 jours à découvrir ce beau pays. Heureusement, nous avons rencontré d'autres personnes qui nous convenaient mieux. C'est ça les joies des voyages organisés et des "groupes" ! Harmonie et moi découvrions cela en même temps... Ca mériterait un livre tellement c'est drôle. Un "groupe" c'est un échantillon de la société avec tous ces acteurs, leurs qualités et leurs défauts. Nous, nous jouions sans doute le rôle des franchouillards qui cassions du sucre sur le dos de tous le monde. On ne se refait pas.

En tout cas, si c'est ça les voyages organisés, je crois que l'on nous y reprendra pas de si tôt. Car nous avions souvent honte d'être Européens comme lorsqu'une bande de Hollandais élevés a la choucroute (ça aurait pu être des Français, c'était pareil) ne faisait même pas l'effort de parler en anglais à table pour intégrer ne serait-ce que le guide à leur conversation (pourtant super sympa et intéressant). De notre côté, on s'est fait plaisir car on parlait anglais, espagnol, et même français avec des Québécois sympas comme tout !

Sortis du camp, nous étions directement immergés dans la jungle. Le seul moyen de partir était la pirogue. Pendant 5 jours, on aura fait pas mal d'activités et de découvertes comme une rencontre avec un chaman et ses plantes médicinales, une communauté qui nous a fait faire du pain au manioc (yuccas), de la pêche aux piranhas, des marches de jour et de nuit dans la forêt primaire (jamais touchée par l'homme !) à découvrir des insectes et les plantes. On a également pu observer des anacondas (de jour) et des caïmans (de nuit). On s'est même baignés tous les jours dans un lac et dans la rivière à côte des animaux que vous savez... Géant !

Le simple fait de naviguer dans les méandres de la rivière Cuyabeno nous permettait de voir des animaux (paresseux, singes, oiseaux en tout genre). C'était un spectacle à part entière. Du coup, tous les matins je sautais dans un kayak, seul ou avec Harmonie, et j'allais observer les animaux avant le p'tit dèj. C'était merveilleux. Et avec mon appareil photos d'un coté, mes jumelles de l'autre et mon chapeau couleur savane sur la tête, il ne me manquait plus que mon coupe-coupe et j'aurai été un vrai aventurier !

Parce qu'il fallait bien une mésaventure dans ce voyage trop parfait, notre appareil photo a donc rendu l'âme au deuxième jour dans la jungle. Nous étions très déçu d'autant plus que tous les autres appareils petits ou gros semblaient fonctionner parfaitement. Un peu triste au début, on l'a pris avec philosophie et on a tout de même bien profité avec nos jumelles !! Et puis nos amis de Montréal nous donnerons leurs photos au retour... Et pour la toute fin du voyage, tant pis !

Pour terminer en beauté notre voyage, on a pris le bus le vendredi après la jungle en direction de Quito mais nous nous sommes arrêtés à 3h de la ville dans la station thermale de Papallacta. Ici, c'était un peu le bonheur ! Par contre, on a pris des sacrés coups de soleil car on a passé toute la matinée (pourtant partiellement nuageuse) dans des piscines à ciel ouvert. Et lorsque l'on est à 2000m d'altitude en Ecuador... En tout cas c'était bien ressourçant !

C'est donc en mode crevette que l'on a pris notre dernier bus musical pour rejoindre Quito, passer notre dernière nuit juste à côte de l'aéroport, prendre notre dernier "desayuno", regarder une dernière fois Quito par le hublot, avoir le sentiment d'être partis 3 mois tant ce voyage était dépaysant, et quitter enfin ce beau pays qu'est l'Equateur non sans un pincement au cœur...

¡ Viva America del Sur !

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